SDD 24 – Design et intelligences artificielles : pratiques, politiques et imaginaires
Appel à articles
La revue Sciences du Design lance un appel à articles pour son n°24, coordonné par Frédérique Krupa (L’École de design Nantes Atlantique), Anthony Masure (HEAD – Genève) et Karl Pineau (L’École de design Nantes Atlantique).
Ce numéro interrogera la manière dont le design contribue à construire, critiquer et encadrer les intelligences artificielles, en lien avec les enjeux de Responsabilité Environnementale et Sociale (RES).
Trois axes principaux :
- Imaginaires, récits et spéculations (design critique et spéculatif, récits et futurs alternatifs de l’IA).
- Pratiques et dispositifs (gestes, méthodes et collaborations humain–machine, IA génératives, interfaces).
- Gouvernance, éthique et politiques du design (biais, transparence, injustices, mémoires et archives algorithmiques).
Argumentaire
L’essor récent des intelligences artificielles (IA) génératives et dites « autonomes » transforme la manière dont sont conçus, expérimentés et débattus les artefacts du monde contemporain : interfaces, services, infrastructures numériques, environnements de travail, dispositifs urbains, images et récits.
Le design, en tant que discipline engagée dans la formalisation d’expériences, de systèmes, de relations et de matérialités, se trouve placé au cœur de cette mutation socio-technique. Francophone et généraliste, la revue Sciences du Design se donne précisément pour mission d’explorer ces transformations, en défendant l’originalité épistémologique du design et de ses pratiques.
L’enjeu n’est plus de considérer l’IA comme un simple « outil » dans la boîte à outils du designer, mais d’interroger la manière dont ces dispositifs reconfigurent :
- les pratiques de conception (gestes, méthodes, collaborations, temporalités de projet) ;
- les formes de gouvernance et de régulation (gouvernance algorithmique, transparence, audit, explicabilité, contrôle démocratique) ;
- les imaginaires politiques et esthétiques (futurs projetés, récits de progrès, promesses et menaces, spéculations, critiques) ;
- les conditions de travail et d’acceptabilité des dispositifs d’IA, en particulier en contexte de création professionnel ;
- les responsabilités environnementales et sociales (RES) des acteurs et actrices du design face aux infrastructures numériques, à leurs impacts écologiques et à leurs effets sur les milieux de vie.
Des travaux récents, issus de la communauté francophone du design, documentent déjà ces enjeux :
- sur l’acceptabilité de l’IA en situation de travail et la prise en compte de l’expérience des employé·es ;
- sur la nécessité de développer des méthodes et interfaces spécifiques, en considérant le modèle comme un matériau de projet à part entière ;
- sur les implications du machine learning pour la création et les pratiques de design ;
- sur les fondements d’une éthique “by design” de l’IA ;
- sur les usages de dark patterns et autres design persuasifs poussant l’usage de l’IA ;
- ou encore sur les liens entre numérique, crise environnementale et pratiques “low-tech / numériques situés”.
Nous invitons des contributions théoriques, analytiques, empiriques, spéculatives ou de recherche-création, issues du design et de ses croisements avec les STS, la philosophie, la sociologie, la science politique, les études des médias, l’HCI, les arts, les études environnementales, etc.
Axes thématiques
Les propositions pourront s’inscrire, sans s’y limiter, dans les trois axes suivants. Des contributions transversales sont également bienvenues.
Axe 1 — Pratiques et dispositifs : concevoir avec et contre l’IA
Cet axe interroge les transformations des pratiques de design au contact :
- des IA génératives (texte, image, son, vidéo, code) ;
- des modèles de prédiction (recommandation, scoring, profilage, anticipation) ;
- des systèmes dits autonomes (agents conversationnels, robots, véhicules, dispositifs industriels ou médicaux, etc.).
Sont particulièrement attendus :
- des études de cas portant sur des projets de design (produit, service, UX/UI, media design, design d’information, design d’interaction, design urbain, etc.) intégrant l’IA ;
- des analyses de nouvelles méthodes et outils (prototypage data-driven, “prompt design”, outils de co-création humain–IA, environnements de conception augmentés, etc.) ;
- des réflexions sur la coopération et les tensions entre designers, développeur·euses, data scientists, juristes, opérateur·rices de terrain, usager·es, et systèmes d’IA ;
- des travaux portant sur les conditions de travail, la répartition des tâches, les formes d’agentivité et de reconfiguration des métiers du design.
Axe 2 — Gouvernance, éthique et politiques du design : IA, mémoire et démocratie
Les IA sont au cœur de controverses sur la gouvernance algorithmique, les biais, la transparence, la véracité, les discriminations, les droits culturels et les conditions d’acceptabilité.
Dans ce cadre, le design apparaît comme un lieu stratégique pour :
- concevoir des dispositifs d’éthique “by design” (modes d’alerte, dispositifs de consentement, visualisations d’impacts, espaces de débat) ;
- élaborer des interfaces d’audit, d’explicabilité et de contrôle (dashboards, métriques, indicateurs de confiance, etc.) ;
- contribuer à la mise en forme des politiques publiques et d’entreprise en matière d’IA (normes, chartes, protocoles, guides de conception) ;
- penser les relations entre IA, mémoire et justice : archives et traces, documentation des violences ou atteintes environnementales, droit à l’oubli, régimes de visibilité / invisibilité ;
- participer à des démarches de justice social, de design féministe, décolonial ou écologique appliquées à l’IA (qui conçoit ? qui décide ? qui est affecté, effacé, renforcé ?).
Axe 3 — Imaginaires, récits et spéculations : mondes possibles de l’IA
Les IA sont également des machines à produire des images, des récits et des mondes.
Cet axe s’intéresse :
- aux imaginaires dominants de l’IA (automatisation, promesses de neutralité, narrations solutionnistes, récits catastrophistes) et au rôle du design dans leur diffusion ;
- aux pratiques de design critique, spéculatif et fictionnel portant sur l’IA (prototypes, scénarios, installations, fictions documentaires, jeux, performances) ;
- aux manières dont des collectifs (artistes, activistes, communautés minorisées, pédagogies critiques, etc.) mobilisent ou détournent l’IA pour produire des contre-récits ;
- aux propositions de futurs pluriels.
Types de contributions attendues
La revue Sciences du Design publie des travaux de recherche soumis en français, évalués par les pairs en double aveugle et diffusés en libre accès intégral.
Sont notamment encouragés :
- Articles de recherche (ancrage théorique et/ou empirique) ;
- Études de cas (projets de design, dispositifs pédagogiques, expérimentations en entreprise, en laboratoire, dans des collectivités, associations, etc.) ;
- Recherches-projet / recherches-création documentant rigoureusement les méthodes ;
- Contributions spéculatives ou critiques, incluant des artefacts (prototypes, scénarios, fictions, dispositifs expérimentaux) accompagnés d’une mise en perspective analytique ;
- Entretiens croisés (designers, chercheur·euses, développeur·euses, activistes, institutions) assortis d’un travail de problématisation.
Les articles doivent être originaux, ne pas avoir été publiés ou soumis ailleurs, et respecter les consignes aux auteur·rices de la revue.
Modalités de soumission
Les auteur·rices doivent déposer leur article complet via la plateforme éditoriale de la revue : edition.uqam.ca
Plateforme de soumission : https://edition.uqam.ca/sciences-du-design
Les auteur·rices sont invité·es à :
- créer un compte ou se connecter à la plateforme ;
- s’assurer d’avoir lu et appliqué les consignes aux auteur·rices (gabarits, anonymisation, normes bibliographiques APA adaptées au français, nombre d’illustrations, etc.)
- déposer un fichier Word anonymisé pour l’évaluation, ainsi que les illustrations dans des fichiers séparés, anonymes, avec les autorisations nécessaires.
Calendrier (indicatif)
- 28 février 2026 : date limite de soumission des articles complets
- 15 mai 2026 : notification aux auteur·rices (acceptation, demandes de révision, refus)
- 4 septembre 2026 : remise des versions révisées
- Décembre 2026 : publication en ligne du numéro
(Ce calendrier est indicatif et pourra être ajusté en concertation avec le comité éditorial de la revue.)
Contacts
Pour toute question scientifique ou éditoriale concernant ce numéro :
- Frédérique Krupa — Directrice du Digital Design Lab, L’École de design Nantes Atlantique, f.krupa@lecolededesign.com
- Anthony Masure — Professeur associé, responsable de la recherche, HEAD – Genève (HES-SO), anthony.masure@hesge.ch
- Karl Pineau — Directeur du Media Design Lab, L’École de design Nantes Atlantique, k.pineau@lecolededesign.com
Bibliographie
Ackerman, A., Gefen, A., & Somaini, A. (Eds.). (2025). Le monde selon l’IA. Explorer les espaces latents. Jeu de Paume & JBE Books.
Agossah, A., Krupa, F., Perreira Da Silva, M., Deconde, G., & Le Callet, P. (2022). Déploiement de l’IA en situation de travail : une trop faible considération de l’expérience des employé·es ? Sciences du Design, (16), 68-85.
Audry, S. (2021). Art in the age of machine learning. MIT Press.
Beignon, A., Thibault, T., & Maudet, N. (2025). Imposing AI: Deceptive design patterns against sustainability. arXiv preprint arXiv:2508.08672.
Benhamou, Y. (2026). Creative value chains. Copyright and beyond for a better value distribution. Bristol University Press.
Citton, Y., Lechner, M., & Masure, A. (Eds.). (2023). Angles morts du numérique ubiquitaire: Un glossaire critique et amoureux. Presses du réel.
Crawford, K. (2022 [2021]). Contre-atlas de l’intelligence artificielle: Les coûts politiques, sociaux et environnementaux de l’IA (L. Bury, Trans.). Zulma.
Fischer, F. (2019). L’éthique by design du numérique : généalogie d’un concept. Sciences du Design, (10), 61-67.
Krupa, F. (2021). Data is the New Plastics: Developing Machine Learning UX Design Methods for Artificial Intelligence. In 14th European Academy of Design Conference – Safe Harbours for Design Research (pp. 447-456). Blucher Proceedings.
Manovich, L., & Arielli, E. (2024). Artificial aesthetics: Generative AI, art and visual media. https://manovich.net/index.php/projects/artificial-aesthetics
Masure, A. (2023). Design sous artifice : la création au risque du machine learning. HEAD Publishing, coll. « Manifestes ».
Nova, N., & Roussilhe, G. (2020). Du low-tech numérique aux numériques situés. Sciences du Design, (11), 91-101.
Nova, N. (2024). Persistance du merveilleux. Le petit peuple de nos machines. Premier Parallèle.
Petit, V. (2015). L’éco-design : design de l’environnement ou design du milieu ? Sciences du Design, (2), 31-39.
Poiroux, J., Maudet, N., Pineau, K., Brulé, E., & Tabard, A. (2024). Design indirections: how designers find their ways in shaping algorithmic systems. Computer Supported Cooperative Work (CSCW), 33(2), 173-204.
Steyerl, H. (2025). Medium hot. Images in the age of heat. Verso.
Vickers, B., & Allado-McDowell, K. (Eds.). (2020). Atlas of anomalous AI. Ignota Books.











